Que se passe-t-il ?
Au commencement, Dieu a créé l'humanité pour qu'elle soit composée de prêtres-rois. En tant que rois, les humains devaient gouverner son monde de la manière qui le représentait le mieux ; en tant que prêtres, ils devaient le remplir de son image et de sa vie. Gouverner comme un acte d'adoration : telle était la vocation humaine. Mais en Eden, l'image a été défigurée et la vocation s'est brisée. Les royaumes du serpent ont appris à gouverner sans représenter Dieu : la royauté est devenue mainmise, et le pouvoir, pillage, depuis la ville de Caïn jusqu'aux rois dispersés de Babel. Désormais, Abram, appelé à sortir de ces royaumes pour porter de nouveau l'image de Dieu, doit vivre comme l'image en voie de restauration au milieu d'un monde de rois rivaux. Au fil de trois rencontres, il refuse de s'emparer de quoi que ce soit.
D'abord, Abram et son neveu Loth ne peuvent plus partager le pays ; leurs troupeaux sont trop nombreux (Genèse 13.5-6). Abram détient la promesse, et pourtant il ne s'empare pas de la meilleure part. Il laisse Loth choisir le premier. Loth lève les yeux vers la plaine fertile du Jourdain, près de Sodome, une ville tristement célèbre pour sa méchanceté, et la prend (Genèse 13.10-13). Abram se retrouve avec ce qui semble être le pays le moins avantageux, et c'est là que Dieu confirme de nouveau l'alliance : « Lève les yeux… Tout le pays que tu vois, je te le donnerai » (Genèse 13.14-15). Ce dont Abram a refusé de s'emparer, Dieu le lui donne gratuitement.
Ensuite, une coalition de rois rivaux part en guerre et emmène Loth avec tous ses biens (Genèse 14.12). C'est la première guerre entre royaumes dans la Bible : les rois du serpent se pillent les uns les autres. Abram entre dans la bataille, mais pas pour conquérir ni pour piller. Avec seulement 318 hommes, il bat les rois et délivre Loth ainsi que tout ce qui avait été pris (Genèse 14.15-16). Il combat pour délivrer, non pour s'emparer, et la victoire appartient à Dieu.
Puis, à son retour de la bataille, Abram rencontre deux rois qui révèlent deux sortes de royauté. Le roi de Sodome vient négocier au sujet du butin. Mais auparavant se présente Melchisédek, roi de Salem et prêtre du Dieu très-haut, qui apporte du pain et du vin et bénit Abram au nom du Créateur du ciel et de la terre (Genèse 14.18-20). Ici, en un seul homme, la vocation perdue réapparaît : un roi qui est aussi prêtre, qui gouverne par la bénédiction plutôt que par le pillage. Abram sait quel roi honorer. Il donne à Melchisédek le dixième de tout. Mais du roi de Sodome, il ne prendra pas même un fil, afin que personne ne puisse dire : « C'est moi qui ai enrichi Abram » (Genèse 14.21-23). Abram reçoit sa bénédiction de Dieu seul, par l'intermédiaire du prêtre-roi de Dieu, et il refuse les richesses du royaume du serpent.
Où est l'évangile ?
Melchisédek nous laisse entrevoir ce que l'humanité a toujours été appelée à être, et celui qui finirait par l'être pleinement. La vocation de prêtre-roi donnée en Eden n'a pas disparu. Elle brille faiblement ici, à Salem, et plus tard elle est reprise en David, le roi que Dieu déclare prêtre pour toujours « à la manière de Melchisédek » (Psaume 110.4). Mais le trône de David, comme celui de Melchisédek, ne fait que pointer vers l'avenir. Tous deux attendent le Roi-Prêtre dont le règne n'aura pas de fin.
Ce Roi, c'est Jésus. L'épître aux Hébreux nous dit qu'il est prêtre pour toujours à la manière de Melchisédek, non par héritage, mais par la puissance d'une vie indestructible (Hébreux 7.16-17). Il est le véritable prêtre-roi qui gouverne enfin le monde de Dieu en tant qu'image parfaite de Dieu et qui lui apporte la vie de Dieu, réunissant ainsi la vocation qu'Eden avait perdue.
Et il conquiert son royaume à la manière dont Abram a combattu : non par le pillage, mais par le don de soi. Là où les rois du serpent s'emparent et conquièrent, Jésus donne sa vie, et dans ce qui ressemblait à de la faiblesse, il triomphe de la puissance bestiale de la mort et de la violence qui règne depuis Caïn (1 Corinthiens 1.23-25). Par sa résurrection, il brise les royaumes rivaux et monte sur son trône comme Roi-Prêtre pour toujours.
Il donne ce qu'Abram a refusé de prendre de Sodome. Abram voulait recevoir la bénédiction de Dieu seul, et en Jésus, cette bénédiction nous parvient dans sa plénitude : non pas le butin d'un royaume passager, mais un héritage qui ne peut se flétrir, garanti par un prêtre dont l'intercession ne cesse jamais (Hébreux 7.24-25 ; Romains 8.17). En lui, nous sommes refaits pour devenir les prêtres-rois que nous avons été créés pour être, et pour bénir le monde en son nom.
Vois par toi-même
Je prie pour que le Saint Esprit te donne des yeux pour voir le Dieu qui bénit son peuple par son propre et véritable Roi-Prêtre. Et puisses-tu voir Jésus comme le prêtre-roi à la manière de Melchisédek, qui triomphe des puissances de la mort par le don de soi et qui garantit un héritage qui ne se flétrira jamais.

