Que se passe-t-il ?
Au commencement, Dieu a rempli le monde d’une vie qui produisait selon son espèce : chaque chose reproduisait l’ordre et la vie que Dieu lui avait donnés. Et il a fait l’humanité à son image pour qu’elle soit féconde et se multiplie, afin de reproduire son image sur toute la terre et de remplir le monde de sa ressemblance (Genèse 1.27-28). C’était le mandat de la création : l’ordre, la vie et l’image de Dieu multipliés à travers le monde. Le contre-royaume s’est toujours attaqué à ce mandat à sa racine, de la manière la plus monstrueuse avec les Nephilim, dont l’union illégitime a produit une descendance d’une espèce dénaturée, une contre-image de mort plutôt que l’image multipliée de Dieu (Genèse 6.1-4). Et la promesse de multiplier l’image de Dieu par la famille d’Abraham n’a tenu qu’à un fil pendant trois générations : un seul fils, puis un seul fils, puis encore un seul fils, chacun né d’une femme stérile. Ici, enfin, la famille choisie commence à se multiplier, et la lignée porteuse de l’image devient un peuple.
Après sa vision à Béthel, Jacob poursuit sa route vers le pays de sa famille pour y trouver une femme et faire avancer la promesse (Genèse 28.12-15). Comme son père Isaac avant lui, il rencontre sa future épouse près d’un puits : Rachel. Il accepte de travailler sept ans pour Laban, le père de celle-ci, afin de l’épouser (Genèse 29.9-18). Mais celui qui voulait tout saisir se fait saisir à son tour. Le soir des noces, Laban trompe Jacob dans l’obscurité en lui donnant Léa, la sœur aînée, à la place de Rachel, la cadette (Genèse 29.23-25). L’homme qui avait autrefois profité de la cécité de son propre père pour prendre ce qui revenait au fils aîné est maintenant piégé : il reçoit l’aînée alors qu’il voulait la cadette. Jacob, le trompeur, goûte à la tromperie, et il doit travailler sept années de plus pour Rachel (Genèse 29.27).
La suite ne ressemble qu’à une rivalité : deux sœurs qui se disputent l’amour d’un même mari à travers les enfants qu’elles peuvent lui donner (Genèse 30.1-13). Le monde s’organise selon la force : il favorise le fort, le premier-né, le capable, celui qui est aimé. C’est l’humanité qui refait le monde selon sa propre espèce, à l’image du péché, et cela engendre le chaos et le désordre. Mais l’ordre de Dieu va dans le sens inverse. Quand il voit que Léa n’est pas aimée, il la rend féconde (Genèse 29.31). Favoriser l’épouse mal-aimée n’est pas une simple marque de tendresse : c’est la justice, Dieu qui donne la vie aux faibles et aux oubliés, et qui redresse un monde qui livre tout aux forts. De Léa, l’épouse dont on ne voulait pas, naissent des fils les uns après les autres, dont Juda, par qui la descendance de la femme, la lignée de la promesse porteuse de l’image, va se poursuivre. Rachel, l’épouse aimée, est stérile, jusqu’à ce que Dieu se souvienne d’elle aussi et lui donne un fils (Genèse 30.22-24). De ce foyer brisé et improbable naissent douze fils : les douze tribus d’Israël. Le mandat de la création reprend, mais aux conditions de Dieu : la famille porteuse de l’image se multiplie, non par les favorisés ou les féconds, mais par les mal-aimés et les stériles, pour qu’il soit évident que la nation est son œuvre à lui, et pour que le monde soit enfin refait selon son espèce à lui plutôt que selon la nôtre.
Même la soif de saisir de Jacob ne peut pas l’empêcher, et Dieu la fait servir à ses propres desseins. À l’aide de branches rayées et d’un élevage sélectif, Jacob manipule la reproduction des troupeaux : il joue avec l’ordre même de la création, qui fait produire chaque être selon son espèce, pour s’enrichir aux dépens de Laban (Genèse 30.37-43). C’est encore une fois le vieux réflexe de vouloir tout saisir, qui s’étend jusqu’à la manière dont la vie se multiplie. Pourtant, Jacob lui-même reconnaît plus tard la vérité : ce n’est pas son habileté, mais Dieu qui a donné l’accroissement (Genèse 31.7-9). Là où l’humanité cherche à saisir l’ordre de la vie pour s’en emparer, Dieu reste celui qui fait réellement naître la vie. Finalement, Jacob rassemble ses femmes, ses enfants et ses troupeaux, et part en secret pour Canaan, le pays où Dieu l’avait rencontré pour la première fois (Genèse 31.17-18). Pendant tout ce temps, alors que le contre-royaume se multipliait en cherchant à tout saisir et par des unions corrompues, Dieu multipliait discrètement sa propre espèce, la descendance de la femme, son image et sa vie, à travers des gens que personne n’aurait choisis.
Où est l’évangile ?
Dieu rétablit son ordre en donnant la vie à ceux qu’on oublie, et en Jésus, il le fait de manière décisive. La descendance de la femme vient enfin par la lignée de Juda, le fils de l’épouse dont on ne voulait pas. Et quand il vient, il est lui-même le rejeté, méprisé et délaissé par le peuple qui aurait dû l’accueillir (Esaïe 53.3). L’ordre du monde rejette les faibles ; l’élu de Dieu est celui que le monde a jeté.
C’est ici que le contre-royaume tente sa ruse la plus ancienne. Comme il avait autrefois uni de force ce que Dieu avait séparé, il cherche maintenant à mêler la vie à la mort : entraîner l’Auteur de la vie dans la tombe et le rendre de son espèce. Il n’y a jamais eu de complot plus sombre que la trahison, le procès truqué et l’exécution de l’innocent Fils de Dieu. Pourtant, Paul affirme que les grands de ce monde ne comprenaient pas ce qu’ils faisaient, « car s’ils avaient compris, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur glorieux » (1 Corinthiens 2.8). Ils voulaient faire sortir la mort de la vie ; Dieu a fait sortir la vie de la mort. En ramenant son Fils du tombeau à la vie, Dieu a désarmé le péché, la mort et le diable, et il a retourné leur complot en leur propre défaite (Colossiens 2.15).
L’histoire de Jacob montre que Dieu peut faire servir les manigances humaines à sa promesse. En Jésus, nous voyons quelque chose d’encore plus grand : Dieu prend le pire de ce que le contre-royaume peut faire, chacune de ses tentatives pour mêler sa vie à la mort, et il en fait sortir la véritable espèce, la vie elle-même. Il rétablit l’ordre brisé du monde en ressuscitant le rejeté et en rassemblant, parmi les faibles et les oubliés, une famille si nombreuse que personne ne peut la compter.
Vois par toi-même
Je prie pour que le Saint Esprit ouvre tes yeux afin que tu voies le Dieu qui rétablit son ordre en donnant la vie aux faibles et aux oubliés. Et puisses-tu voir Jésus comme le Fils rejeté qui fait du complot le plus sombre du mal la vie du monde, et qui te fait entrer dans une famille que personne ne peut compter.

