Que se passe-t-il ?
Dieu a promis qu'il sauverait son peuple de l'exil et des ténèbres et qu'il rétablirait sa vocation de lumière pour les nations (Ésaïe 51.3-4). Dieu a dit qu'il accomplirait ce salut par son serviteur choisi (Ésaïe 52.1-2). Le serviteur fera ce qu'Israël n'a pas pu faire. Il accomplira parfaitement le dessein de Dieu de bénir le monde. Il agira avec sagesse, connaissant et faisant la volonté de Dieu. Et à cause de cela, il sera « haut élevé et exalté », une expression qu'Ésaïe n'emploie que pour décrire Dieu lui-même (Ésaïe 52.13). Cela signifie que Dieu lui-même sauvera son peuple par ce serviteur. Le serviteur est Dieu.
Mais cela paraît presque impossible, puisque l'exaltation du serviteur passe par la souffrance. On s'attendait à ce que la puissance de Dieu se manifeste dans la force et la majesté, non dans une figure si défigurée qu'elle n'avait plus l'apparence d'un homme (Ésaïe 52.14). Ésaïe nous invite alors à considérer qui entendra et croira ce message (Ésaïe 53.1). Ce message de salut a été révélé à ceux qui étaient dans l'exil, la mort et les ténèbres — à ceux qui, comme le serviteur lui-même, souffrent. C'est là ce que veut dire Ésaïe. Le bras puissant de Dieu ne se manifeste pas en préservant son peuple ou son serviteur de la souffrance et de la mort, mais en étant assez fort pour les délivrer même après qu'ils ont souffert et sont morts.
Mais, contrairement à Israël, la souffrance du serviteur n'est pas due à son propre péché. Il porte l'exil, les blessures et la mort d'Israël. Le langage qu'Ésaïe emploie pour décrire la souffrance du serviteur le rattache au système sacrificiel du Lévitique. De même que les animaux « portaient » les péchés du peuple et les « emportaient » au loin, ce serviteur emporte au loin les souffrances et les douleurs du peuple de Dieu (Ésaïe 53.4,5). La culpabilité, la honte et la puissance du péché qui les avaient égarés et conduits en exil seraient ôtées par le sacrifice du serviteur. Pourtant, contrairement aux animaux qui ignoraient quel serait leur sort, ce serviteur se soumet à la volonté de Dieu. Il ne résiste pas et ne riposte pas, mais il est mené comme un agneau à la boucherie (Ésaïe 53.7-9). Sa souffrance est une image de soumission et de confiance totales en Dieu — ce qu'Israël n'a pas su manifester au cours de son histoire.
Mais cette souffrance n'échappait pas au contrôle de Dieu. De même que Dieu avait ordonné l'exil d'Israël pour le purifier, de même il a ordonné la souffrance de son serviteur pour apporter la guérison au monde (Ésaïe 53.10). Et cette souffrance conduira à la délivrance par le bras puissant de Dieu. Puisqu'il a plu à Dieu de briser le serviteur, il plaira aussi à Dieu de le relever. La souffrance et la mort ne seront pas la fin du serviteur. Au contraire, il regardera son angoisse passée et saura qu'elle a conduit un grand nombre à devenir justes, comme Israël était censé l'être (Ésaïe 53.11-12).
Où est l'évangile ?
La vérité stupéfiante de la prophétie d'Ésaïe, c'est que Dieu lui-même devient le serviteur souffrant. Pour accomplir sa volonté souveraine, il devient abaissé, méprisé et rejeté. Cela nous montre que la puissance de Dieu ne consiste pas à empêcher la souffrance, mais à y entrer. Sa souveraineté brille avec le plus d'éclat dans sa condition de serviteur (Matthieu 20.28).
Voilà pourquoi Jésus est le serviteur souffrant. Il a emporté les maladies et chassé les esprits impurs loin des gens, dans son ministère de guérison sur la terre (Matthieu 8.17). Jésus a aussi pris nos souffrances, s'est chargé de nos douleurs et a été transpercé pour nos transgressions sur la croix. Il est devenu le sacrifice que le Lévitique préfigurait et qu'Ésaïe avait promis — le sacrifice qui emporterait pour toujours notre péché, notre honte, notre culpabilité et notre mort (2 Corinthiens 5.21). Comme Ésaïe l'avait prophétisé, il a plu à Dieu de le briser, ce qui signifie qu'il a aussi plu à Dieu de le relever (Actes 2.23-24).
Maintenant, par la mort et la résurrection de Jésus, un grand nombre sont rendus justes (Romains 5.19). Non seulement notre péché nous est ôté, si bien que nous ne portons plus la honte de ses souillures, mais nous sommes ramenés en relation avec Dieu afin de pouvoir accomplir notre vocation (Éphésiens 2.4-10). Jésus n'a pas seulement délivré Israël ; il a accompli la mission d'Israël, qui était d'apporter la lumière aux nations. Et à cause de sa souffrance, nous qui étions autrefois loin de Dieu, nous pouvons maintenant être rapprochés, rétablis et rendus entiers (Éphésiens 2.17-18). Désormais, nous pouvons servir les autres jusqu'à la souffrance et à la mort, parce que nous savons que cela conduira aussi un grand nombre à devenir justes.
Voyez par vous-même
Je prie que le Saint Esprit ouvre vos yeux pour voir le Dieu qui a volontairement souffert et est mort pour nous. Et puissiez-vous voir Jésus, le serviteur souffrant qui a été haut élevé et exalté, qui a ôté notre péché et nous a ramenés à Dieu.

