Que se passe-t-il ?
Le livre d’Esther ne mentionne jamais le nom de Dieu. Il décrit plutôt un roi qui semble avoir pris la place de Dieu. Xerxès, le roi de Perse, organise un festin gigantesque pour tous ses gouverneurs, ses hommes politiques et ses serviteurs (Esther 1.3). C’est une déclaration de la puissance, de la gloire et de la richesse incomparables de Xerxès (Esther 1.4). Pendant 187 jours, les chefs de la Perse festoient et boivent avec leur roi (Esther 1.5). Xerxès se montre digne d’un dieu dans sa générosité et son abondance. Même le palais de Xerxès paraît divin. En fait, le seul lieu dans l’Écriture qui rivalise avec l’opulence, la beauté et les couleurs du palais de Xerxès est le temple de Dieu (Esther 1.6 ; 1 Rois 6.21).
Comme preuve ultime de sa prééminence, Xerxès convoque sa reine, Vasthi, pour qu’elle fasse parade de sa beauté devant les princes de son empire rassemblés (Esther 1.11). Mais elle refuse de jouer son rôle dans le théâtre pompeux de son mari (Esther 1.12). Furieux que sa souveraineté ait été publiquement contredite, Xerxès appelle ses sages pour résoudre le problème (Esther 1.13). Ceux-ci affirment que les femmes des dignitaires de Xerxès convaincront leurs maris de saper l’autorité de Xerxès, tout comme Vasthi (Esther 1.18). Malgré toute sa puissance digne d’un dieu, l’autorité de Xerxès est fragile et se trouve minée par une seule femme. Xerxès suit le conseil de ses sages, bannit Vasthi et décide de la remplacer par quelqu’un de plus docile (Esther 1.20).
Les jeunes gens de sa cour suggèrent un concours pour désigner la nouvelle reine (Esther 2.2, 4). Contrairement à Vasthi, les vierges du royaume feraient parade de leur beauté devant le roi, puis Xerxès exercerait sur elles, l’une après l’autre, sa domination digne d’un dieu ; celle qui lui « plairait » le plus deviendrait la nouvelle reine. Xerxès adore cette idée.
Mais l’une des femmes emportées dans le plan de Xerxès est une vierge juive, Esther (Esther 2.5, 7). Comme les prêtres d’Israël se préparaient à entrer dans le temple de Dieu, Esther se prépare à entrer dans la chambre de Xerxès (Esther 2.12 ; Lévitique 8.12-13). Mais lorsque Xerxès l’appelle enfin pour prouver sa domination, elle est couronnée reine de Perse (Esther 2.17). Xerxès organise un autre festin et, une fois de plus, l’empire tout entier goûte à la générosité de son roi, digne d’un dieu (Esther 2.18).
Où est l’évangile ?
Dieu n’est jamais mentionné dans le livre d’Esther. À sa place, on nous présente une divinité qui se contredit elle-même : Xerxès. Il est tout bienveillant, et pourtant plein de rage. C’est un chef souverain dont les décrets sont sans appel — mais seulement lorsqu’ils sont rédigés par d’autres, après quelques verres. Et c’est un empereur dont le pouvoir est absolument fragile entre les mains des femmes qu’il croyait pouvoir utiliser. Bien assez vite, Esther renversera même l’un des décrets « irréversibles » de Xerxès (Esther 8.8). La divinité de Xerxès est d’une ironie si comique que nous sommes forcés de nous demander si ce n’est pas le Dieu invisible des Juifs qui écrit ces plaisanteries.
La plume invisible de Dieu établit souvent des femmes improbables pour défaire le carnage des empires du mal (Josué 2.1 ; Juges 4.21 ; 1 Samuel 1.10-11). Vasthi et Esther sont les plus récentes chutes comiques de Dieu contre la fragilité d’empires comme la Perse. Même notre salut en Jésus, qui nous délivre des empires suprêmes du Péché et de la Mort, commence par le choix que Dieu fait d’une autre vierge juive nommée Marie (Luc 1.32-34). Comme Vasthi et Esther, elle annonce la fragilité des empires. Marie chante même que sa grossesse signifie la fin de l’ordre du monde tel qu’il existait (Luc 1.52). Et un ange a déclaré que l’enfant de Marie régnerait comme Roi pour toujours.
L’enfant de Marie, c’est Jésus. Contrairement à Xerxès, Jésus n’est pas un roi qui feint d’être tout-puissant ; il est Dieu qui assume l’impuissance de l’humanité (Philippiens 2.6-7). Et de même qu’Esther fut conduite dans la chambre d’un empereur, Jésus fut dépouillé de ses vêtements et déposé dans un tombeau tandis que les empereurs de ce monde exerçaient leur domination (Matthieu 27.35). Mais tout comme Esther se leva de son lit et fut couronnée reine, Jésus est ressuscité des morts et a été couronné comme le seul vrai Roi souverain et tout-puissant. Contrairement à Xerxès, Jésus n’use pas de sa puissance pour dominer ceux qui sont vulnérables ; il établit un Royaume de bonté constante et sans ironie pour son peuple. Le Dieu jamais nommé d’Esther règne pour toujours. Et aujourd’hui encore, dans un monde où l’on pourrait croire qu’il est absent, Dieu continue d’écrire des plaisanteries et de choisir les petits et les insignifiants pour défaire ceux qui se prennent pour des dieux et les orgueilleux.
Voyez par vous-même
Que le Saint Esprit ouvre vos yeux pour voir le Dieu qui semble souvent invisible. Et puissiez-vous voir Jésus comme le Fils de Marie, venu renverser les empires de ce monde.


